« Un homme intègre »

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Ce film du cinéaste iranien Mohammad Rasoulof, lauréat du prix « Un certain regard » du dernier Festival de Cannes, mérite qu’on s’y intéresse car, au-delà d’être un film engagé, c’est aussi un bon film.

Reza est pisciculteur, sa femme Hadis est directrice d’école, ils ont quitté Téhéran pour mener une vie paisible, en campagne, avec leur enfant. Reza connaît quelques difficultés avec son exploitation. Son banquier lui exige le remboursement intégral de son emprunt, sauf si Reza lui verse un pot-de-vin. Reza, longtemps indécis, refusera finalement le chantage et vendra sa voiture pour éponger son passif. C’est un homme intègre, il se battra le plus longtemps possible contre le système et la pratique générale de la corruption en Iran. Le film est poignant avec des images fortes : Reza se baignant en pleine détresse avec ses poissons morts, les corbeaux noirs envahissant son exploitation, sa ferme ravagée par les flammes, …autant d’allégories d’une corruption omniprésente en Iran. Sa femme préfère composer avec le système pour sauvegarder la cellule familiale. Reza trouve refuge dans une grotte de sources d’eau chaude en buvant de l’alcool qu’il a fabriqué en cachette. C’est sa bulle à lui pour s’extirper de ce monde extérieur qu’il ne supporte plus. Le réalisateur pousse son personnage dans ses derniers retranchements avant de le faire céder. Finalement, Reza soudoiera un gardien de prison afin d’éliminer son adversaire. L’homme intègre devient homme corrompu ! Mais avait-il le choix ?

Ce drame social, sec et tranchant, décrit la pratique générale de la corruption en Iran : hommes politiques, banquiers, juges, policiers, gardiens de prison,…la société iranienne serait gangrenée jusqu’à la moelle. Suite à ce film, le réalisateur a été, sans raison, interpellé et privé de son passeport. Il subit de longs interrogatoires et risque une peine de 6 ans de prison. Assigné à résidence, il continue son combat et prépare son prochain film. Sous la pression, cèdera-t-il comme son héros ?

Si je googolise corruption et Iran, on s’aperçoit qu’il n’est pas le seul à dénoncer le régime. Ainsi, la fille de l’ancien président Rafsandjani a été condamnée au printemps dernier (à 2 mois de l’élection présidentielle) à 6 mois de prison ferme car elle embarrassait les autorités.

L’affaire Total ressort aussi. Le groupe pétrolier français est soupçonné de « corruption d’agents publics iraniens » pour des contrats pétroliers et gaziers conclus dans les années 1990 sous l’égide de Christophe de Margerie (Directeur Général de Total Moyen-Orient à l’époque). Ce dernier fut nommé ensuite PDG de Total. Il est mort dans un accident d’avion dans des conditions très mystérieuses ( les deux « suspects », des salariés de l’aéroport, qui ont plaidé « coupables », ont été dispensés de leur peine (4 ans et 7 mois) en vertu de l’amnistie décrétée par les autorités russes en l’honneur des 70 ans de la victoire sur l’Allemagne nazie !!! ). Total a conclu une transaction avec les Etats-Unis de près de 400 millions de dollars pour mettre fin aux poursuites sur ce territoire, mais passera en octobre 2018 devant le tribunal correctionnel de Paris, 18 ans après les faits et sans Christophe de Margerie ! Procès très embarrassant qui devrait se terminer par un « classique non-lieu ». Force est de constater que la France, avec cette affaire, a cautionné cette corruption iranienne (Total est détenu en partie par des investisseurs institutionnels français) et plus largement cette pratique avec notamment des affaires sinistres (l' »assassinat » de Robert Boulin avec les fameux « Charles Pasqua » et « Jacques Chirac »…). Tant que la France n’aura pas fait le ménage devant sa porte, elle ne pourra pas être donneuse de leçons…et hélas, il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine, notamment au niveau des hommes politiques et leurs pratiques « tendancieuses ».

EN

This film by Iranian filmmaker Mohammad Rasoulof, winner of the « Un certain regard » prize at the last Cannes Film Festival, deserves attention because, beyond being a committed film, it is also a good film.
Reza is a fish farmer, his wife Hadis is a school principal, they left Tehran to lead a peaceful life in the countryside with their child. Reza is experiencing some difficulties with his exploitation. His banker demands full repayment of his loan unless Reza pays him a bribe. Reza, long indecisive, will finally refuse blackmail and sell his car to pay off his liabilities. He is a man of integrity, he will fight as long as possible against the system and the general practice of corruption in Iran. The film is poignant with strong images: Reza bathing in distress with his dead fish, black crows invading his farm, his farm ravaged by flames … all allegories of pervasive corruption in Iran. His wife prefers to work with the system to save the family unit. Reza finds refuge in a cave of hot springs by drinking alcohol that he secretly made. It’s his own bubble to extricate himself from this outside world that he can not stand anymore. The director pushes his character in his last entrenchments before making him give way. Finally, Reza will bribe a prison guard to eliminate his opponent. The honest man becomes a corrupt man! But did he have a choice?

This drama, dry and sharp, describes the general practice of corruption in Iran: politicians, bankers, judges, policemen, prison guards, … the Iranian society would be gangrened to the marrow. Following this film, the director was, without reason, arrested and deprived of his passport. He is subjected to long interrogations and faces a 6-year prison sentence. Assigned to residence, he continues his fight and prepares his next film. Under pressure, will he yield like his hero ?


If I googolize corruption and Iran, we realize that he is not the only one to denounce the regime. Thus, the daughter of former President Rafsanjani was sentenced last spring (2 months of the presidential election) to 6 months in prison because it embarrassed the authorities.


The Total case also stands out. The French oil group is suspected of « corruption of Iranian public officials » for oil and gas contracts concluded in the 1990s under the aegis of Christophe de Margerie (General Manager of Total Middle East at the time). The latter was later named CEO of Total. He died in a plane crash in very mysterious conditions (the two « suspects », employees of the airport, who pleaded « guilty », were exempted from their sentence (4 years and 7 months) under of the amnesty decreed by the Russian authorities in honor of the 70th anniversary of the victory over Nazi Germany !!!). Total has concluded a deal with the United States of nearly $ 400 million to stop the prosecution in this territory, but will pass in October 2018 before the Criminal Court of Paris, 18 years after the fact and without Christophe de Margerie !

Very embarrassing trial that should end with a « classic non-place ». It is clear that France, with this case, has endorsed this corruption Iran (Total is held in part by French institutional investors) and more widely this practice with including sinister cases (the « assassination » of Robert Boulin with the famous « Charles Pasqua » and « Jacques Chirac » …). As long as France has not cleaned up in front of her door, she will not be able to give lessons … and unfortunately, there is still a lot to do in this area, especially at the level of politicians and their « tendentious » practices. .