Spéciaux… les Régimes spéciaux

delevoye

FR

En plein conflit sur la réforme des retraites, je me suis intéressé, comme certains d’entre vous, aux régimes spéciaux. Je vous propose un petit tour d’horizon de différentes professions, qui disposent d’avantages,  aux frais du contribuable.

Le Président de la République
On n’est jamais mieux servi que par soi-même. Le Président ne se réforme pas. La pension de retraite du Président est déterminée par l’article 19 de la loi n°55-366 du 3 avril 1955. Oui, 1955 ! A partir de 60 ans, il touche environ 5 200 euros net par mois. Ensuite, il a une retraite complémentaire de 11 500 euros net par mois en tant que membre d’office et à vie du Conseil Constitutionnel. Mais ce qui coûte le plus cher, ce sont les avantages en nature : appartement de fonction, sept collaborateurs à son service, deux policiers pour sa protection, gratuité dans les transports publics (trains, avions,…), éventuellement d’autres retraites d’ex-fonction (député, ministre,…),…et j’en passe. Un président coûte cher, mais pas touche à son statut.

En règle générale, les hommes politiques, à l’échelle nationale, sont très bien lotis. Ils ne sont pas bêtes, ils ne se réforment pas eux-mêmes ;-). Quand Edouard Philippe parle d’universalité de la réforme des retraites, l’homme politique est au-dessus de « l’univers ».

Les Sénateurs
C’est encore pire. Ils peuvent avoir une retraite supérieure à leur indemnité. Un euro cotisé donne 6 euros de prestations contre 1,5 au maximum pour le régime général. Leur retraite est financée par la dotation publique à savoir vos impôts. Pas de réforme prévue non plus pour les Sénateurs. L’universalité ne les concerne pas, au même titre que  les Policiers, Militaires,… indispensables à la protection de la Nation, ou plutôt servant les intérêts des personnes au pouvoir.

Les contrôleurs aériens
On n’en parle pas souvent, mais pas touche à leur régime de retraite aussi. L’âge légal reste fixé à 52 ans, pour moins de 100 jours travaillés par an ! Ils peuvent bloquer les aéroports, donc on ne les embête pas.

La Banque de France
Quelques rares agents peuvent encore partir à la retraite à 57 ans. Mais leur régime a été réformé. Il reste toutefois fortement déficitaire avec 15 000 retraités pour 12 000 cotisants.

Les Notaires
Leur régime date de 1937. Il est calculé sur les 10 meilleures années contre les 25 du régime général des salariés du privé. Leur régime est déséquilibré démographiquement, 78 000 retraités pour 60 000 actifs. C’est le « client » qui paie.

EDF et ENGIE
Leur régime est un peu moins déséquilibré que les notaires ( 135 400 retraités pour 139 800 actifs). Mais leur départ en retraite est à partir de 56 ans, soit 6 ans de moins que le régime général. On comprend pourquoi ils font grève (via des coupures d’électricité). Le client, encore, paie leur retraite via une répercussion sur les prix pratiqués. Ils ont des avantages comme, par exemple, la réversion sans conditions.
regime sncf ratp

RATP
Un départ à la retraite à partir de 50 ans et 8 mois. Leur retraite est financée à 70% par l’Etat, soit plus de 700 millions d’euros par an, la moitié due au déséquilibre démographique, l’autre moitié due aux avantages du régime. Les pensions sont calculées sur le salaire des 6 derniers mois.

SNCF
Un départ à la retraite comme la RATP à 50 ans et 8 mois ! 5,3 milliards d’euros de pensions versées dont 3,4 milliards d’euros de subventions de l’Etat. La SNCF coûte un pognon de dingue, on comprend pourquoi Macron veut réformer. 

En résumé, pour être pragmatique, l’Etat s’attaque aux régimes spéciaux qui ont le plus faible pouvoir de nuisances.  C’est cher payé pour les concitoyens français, mais l’ordre public reste garanti par les forces de l’ordre. Les politiques (ils ne vont pas scier la branche sur laquelle ils sont assis), les contrôleurs aériens (ce serait regrettable de  bloquer le trafic aérien mondial), les policiers (ils ne vont pas attaquer ceux qui assurent la sécurité des politiques notamment) pour ne citer qu’eux, en revanche pas touche.

Quant au gourou de la Réforme, Jean-Paul Delevoye est plus que discrédité avec ses mensonges par omission.
Sans parler des Sénateurs qui vont voter une loi censée instaurer un régime universel, alors qu’eux-mêmes ne sont pas concernés !

EN

In the midst of a conflict over pension reform, I was interested, like some of you, in special plans. I offer a quick overview of different professions, which have advantages, at the taxpayer’s expense.

The president of the Republic
You are never better served than by yourself. The President does not reform. The President’s retirement pension is determined by Article 19 of Law No. 55-366 of April 3, 1955. Yes, 1955! From the age of 60, he receives around 5,200 euros net per month. Then, he has an additional retirement of 11,500 euros net per month as an ex-officio and life member of the Constitutional Council. But what costs the most are the benefits in kind: official apartment, seven employees at its service, two police officers for its protection, free on public transport (trains, planes, …), possibly others ex-post pensions (deputy, minister, …), … and so on. A president is expensive, but does not affect his status.

In general, politicians at the national level are very well off. They are not stupid, they do not reform themselves ;-). When Edouard Philippe speaks of the universality of pension reform, the politician is above « the universe ».

The Senators
It’s even worse. They can have a retirement higher than their allowance. One euro of contribution gives 6 euros of benefits against 1.5 at most for the general scheme. Their retirement is financed by the public endowment, namely your taxes. No reform planned either for the Senators. Universality does not concern them, in the same way as the Police, Military, … essential to the protection of the Nation, or rather serving the interests of those in power.

Air traffic controllers
We don’t talk about it often, but don’t touch on their retirement plan too. The legal age remains fixed at 52 years, for less than 100 days worked per year! They can block airports, so we don’t bother them.

The Bank of France
A few rare agents can still retire at 57 years of age. But their regime has been reformed. It remains, however, heavily in deficit with 15,000 retirees for 12,000 contributors.

Notaries
Their plan dates from 1937. It is calculated over the best 10 years against the 25 of the general scheme for private sector employees. Their plan is demographically unbalanced, 78,000 retirees for 60,000 active. It is the « customer » who pays.

EDF and ENGIE
Their regime is a little less unbalanced than notaries (135,400 retirees for 139,800 active). But their retirement is from 56 years, 6 years less than the general scheme. We understand why they are on strike (via power cuts). The customer, again, pays their retirement via an impact on the prices charged. They have advantages like, for example, unconditional reversion.

RATP
A retirement from 50 years and 8 months. Their retirement is funded at 70% by the State, or more than 700 million euros per year, half due to the demographic imbalance, the other half due to the benefits of the regime. Pensions are calculated on the salary of the last 6 months.

SNCF
A retirement like RATP at 50 years and 8 months old! 5.3 billion euros in pensions paid, including 3.4 billion euros in state subsidies. The SNCF costs a crazy amount, we understand why Macron wants to reform.
In summary, to be pragmatic, the State attacks the special regimes which have the least harmful power. It is expensive to pay for French citizens, but public order remains guaranteed by the police. Politicians (they will not saw the branch on which they are sitting), air traffic controllers (it would be unfortunate to block world air traffic), the police (they will not attack those who ensure the security of policies in particular) to to quote only them, on the other hand not touch.

As for the guru of the Reformation, Jean-Paul Delevoye is more than discredited with his lies by omission.
Not to mention the Senators who will vote a law supposed to establish a universal regime, while they themselves are not affected !

Digital

Peut-on disrupter le chômage ?
Tel était le thème du débat de la première partie de soirée organisée par l’association  ACSEL, à l’Odéon, théâtre de l’Europe, à Paris. ACSEL est le hub de la transformation digitale, qui a, pour mission, de transformer le potentiel économique lié au numérique et à l’innovation en opportunités pour votre entreprise.  Ce grand débat fut animé par Cyril Zimmermann en présence de Nick Leeder, Directeur Général de Google France, Paul Duan, CEO  de Bayes Impact, Yves Tyrode, Directeur du digital à la SNCF et Valérie Pécresse, présidente de la Région Ile-de-France. C’est la première fois que j’entendais le mot disrupter. Ca vient de l’anglais « disrupt » et signifie « perturber fortement ». Peut-on bouleverser le chômage avec le Digital, peut-on lutter contre le chômage avec la technologie ? Voilà le débat posé. La société change, le monde devient digital. Il est plus que primordial de s’inscrire dans le changement. Comme l’a fait l’Allemagne à une époque avec la robotique et qui maintenant a une industrie prospère. Nos entreprises doivent absolument muter dans le Digital. 3 Milliards d’internautes actuellement. 7 Milliards dans 1 ou 2 décennies. Imaginer le marché qui se présente à vous…Une petite entreprise, qui vend localement dans son agglomération, peut, avec internet, assez rapidement, ouvrir son buziness sur sa région,  aux régions voisines, sur le territoire français, européen, international,…et créer ainsi de l’emploi. Google a fait des expériences avec des start-up et le résultat est assez spectaculaire (augmentation du CA de plus de 30% sur une année, avec à la clef des créations d’emploi). Pour Nick Leeder, il y a, avec le Digital,  un gain potentiel de croissance de 100 Milliards d’euros par an pour la France. Cela concerne toute l’économie et pas seulement les start-up mais aussi les TPE, PME,…jusqu’aux sociétés du CAC 40, et tous les secteurs d’activités : high tech, luxe, distribution, agriculture, artisanat, auto-entreprenariat…Justement un moyen de lutter contre le chômage est souvent de se créer son propre emploi et internet peut vous aider à lancer votre activité, à vous faire connaître, à monter votre structure,… pour des professions pas seulement technologiques mais de toutes sortes, manuelles, commerciales, services,…Paul Duan installé à San Francisco, qui a créé une ONG avec pour objectif de résoudre des enjeux sociaux contemporains à l’aide des nouvelles technologies et d’algorithmes, s’attaque au chômage en France dans le cadre d’un accord avec Pôle Emploi. Le délai moyen pour retrouver un emploi en France est de 14 mois. Imaginez juste le gain financier si ce délai peut être raccourci d’un mois voire de plusieurs sur l’ensemble des demandeurs d’emploi…c’est ce que Paul va essayer de faire avec Pôle  . Le Digital, ce n’est pas précarisé l’emploi, mais, au contraire, il faut le voir comme un « power of employment », c’est-à-dire un accélérateur d’opportunités, un facilitateur pour la recherche d’emploi. Yves Tyrode, qui était au départ un sceptique du Digital, a revu son point de vue. L’exemple de l’utilisation des data sur la maintenance du matériel est un cas d’école. Autrefois, les techniciens intervenaient sur des avaries qui pouvaient subvenir n’importe quand, n’importe où. Aujourd’hui grâce à la data provenant de capteurs sur le matériel mais aussi sur les infrastructures fixes comme les conteneurs ou les rails, ils interviennent + à titre préventif. Et en cas d’incident, grâce aux data, une avarie (sur un conteneur par exemple) peut être localisée plus rapidement contrairement à autrefois où ça revenait dans certains cas à chercher une épingle dans une botte de foin. Les capteurs sont des capteurs et ne remplacent pas les hommes. Le métier devient plus intéressant avec l’apport de la technologie. « Le Digital oui mais à bon escient » rappelle Valérie Pécresse qui cite l’exemple de Lili, logiciel développé pour les lycées qui a coûté une fortune à la région IDF (27 millions d’euros) et qui finalement est utilisé que par 50 lycées sur les 500 visés. Logiciel trop complexe, « l’usine à gaz » pour reprendre une expression familière. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer ?  Valérie Pécresse prône + pour une technologie locale, donner un budget à chaque lycée pour qu’il se crée sa propre application adaptée à sa spécificité. C’est un débat dans un débat. Centraliser un outil ou localiser un outil ? Pour faire baisser le chômage, son action consiste à cartographier le bassin de l’emploi en IDF (eh oui ce n’est pas fait) avec des data. Puis adapter l’offre à la demande avec des actions concrètes comme la formation. Du bon sens, oui mais avec le Digital pour être plus efficace, plus rapide, plus adaptable. Former des demandeurs d’emploi pour leur donner une chance de ré-intégrer le marché du travail et pas pour seulement les occuper…Beaucoup d’idées ont fusé lors du débat, c’était super intéressant, enrichissant. Si on ne veut pas rester au bord de la route, il faut suivre le Digital, évoluer avec, s’en servir, se transformer. Il ne faut pas le voir comme un destructeur d’emploi. C’est un power of employment…une source d’opportunités, de développement personnel, un accès formidable  à l’information, à la Data…
Après le débat, les ACSEL’R AWARDS. 7 prix ont été décernés. Je vais les lister et dire 2, 3 mots sur les vainqueurs. Ca vous permettra de vous donner des exemples concrets du Digital et de l’émergence de ce nouveau monde…
1. Prix Start-up Innovation [ Pour récompenser la jeune entreprise la plus innovante ] : HOPWORK. Plateforme pour les freelance.
2. Coup de cœur du Jury : FIND’EUR. Plateforme d’auto-entrepreneurs.
Pour lutter contre le chômage, la solution est de créer son propre emploi. Ces deux entreprises sont dans cette démarche en proposant un matching freelance – entreprise, contractualise la prestation, la note,…
3. ACSEL du Grand Disrupter [pour récompenser un modèle économique en rupture] : BAYES IMPACT. ONG de Paul Duan dont on a déjà parlé. Développement d’un outils d’aide à la recherche d’emploi. La version beta est prévue pour le mois de juin.
4. Prix de la transformation Sociale [pour récompenser une initiative ayant pour objectif la transformation du temps et/ou de l’espace de travail] : AXA. Fabrication d’un MOOC sous forme d’un quizz. Rendre accessible le Digital aux « vieux ».
5. Prix Capital Humain [pour récompenser un modèle innovant de recrutement ou de formation] : MyJobCompany. Un site de chasseur de tête collaboratif. Tout le monde peut se transformer en chasseur de tête.
6. Prix Open Innovation [pour récompenser un modèle performant de connexion à l’écosystème et de captation de l’innovation] : Groupe UP. C’est la coopérative qui édite les chèque-déjeuner, chèque-lire,…
7. ACSEL de la Transformation Digitale [pour récompenser la candidature la plus éloquente et la plus prometteuse] : OpenClassrooms. Des MOOC et des cours accessibles à tous.
Après la remise des prix, on a enchaîné sur une soirée. Le théâtre de l’Odéon s’est transformé en lieu de networking pour un mouvement convivial autour d’un verre.